Personne ne porte attention à l'homme qui ne lève pas le poing, pourtant c'est un véritable héros

Smith et Carlos étaient sur le point de montrer au monde entier leur protestation contre la ségrégation raciale. Ils se préparaient à faire quelque chose de très important mais aussi de très risqué et ils en étaient conscient.
Quant à Norman, comme dit plus haut, c'était un blanc d’Australie. Oui, d’Australie : un pays qui avait à l’époque des lois d’apartheid extrêmement strictes, presque aussi strictes que celles qui étaient en place en Afrique du Sud. Le racisme et la ségrégation étaient extrêmement violents, mais pas seulement contre les Noirs, mais également contre les aborigènes qui étaient là bien avant l'arrivée de l'homme blanc en Australie..
Puis c'est alors que les deux noirs ont demandé au blanc s’il croyait aux droits humains, sa réponse les a surpris: oui.

« Nous lui avions dit ce que nous allions faire, nous savions que c’était une chose plus glorieuse et plus grande que n’importe quelle performance athlétique, » racontera plus tard John Carlos. « Je m’attendais à voir de la peur dans les yeux de Norman… Mais à la place, nous y avons vu de l’amour. »
Norman a donc répondu aux deux hommes : « Je serai avec vous ».
Pour représenter la pauvreté qui frappait une grande partie des personnes de couleur, les deux athlètes noirs ont décidé de monter sur les marches du podium sans leurs espadrilles de course, toutefois ils portaient le badge du Projet Olympique pour les Droits de l’Homme, un mouvement d’athlètes engagés pour l’égalité des hommes.
Par contre, ils sont passés à un cheveux de ne pas porter les symboliques gants noirs qui sont liés aux Black Panthers (un mouvement révolutionnaire afro-américain formé en Californie), ils les ont portés finalement cela a fait toute la force de leur geste.
En fait, juste avant de monter sur le podium, Smith et Carlos ont réalisé qu’ils n’avaient… qu’une seule paire de gants. Ils allaient renoncer à ce symbole, mais Norman a eu une brillante idée et il a insisté en leur conseillant de prendre un gant chacun. C’est ce qu’ils ont fait.
En examinant bien le cliché, vous serez en mesure de voir que Norman porte, lui aussi, un badge du Projet Olympique pour les Droits de l’Homme, épinglé contre son cœur.
Les trois athlètes sont donc montés sur le podium et le reste fait partie de l’Histoire telle que nous la connaissons. L'Histoire capturée par la puissance de cette photo qui a fait le tour du monde.
« Je ne pouvais pas voir ce qui se passait derrière moi » racontera plus tard Norman, « mais j’ai su qu’ils avaient mis leur plan à exécution lorsque la foule qui chantait l’hymne national Américain s’est soudainement tue. Le stade est devenu alors totalement silencieux. »
Ce geste a provoqué l’immense scandale que l’on sait. Les deux athlètes ont été immédiatement bannis de la discipline et expulsés du village olympique. À leur retour aux États-Unis, ils ont dû faire face à d'innombrables problèmes et ont reçu un nombre incroyable de menaces de mort.
Par contre, ce que l’on sait moins, c’est que Peter Norman a également subi de lourdes conséquences pour avoir apporté son soutien à ces deux hommes, il a dû entre autres abandonner sa carrière qui aurait pu être très prometteuse.
De plus, 4 ans plus tard, malgré son excellence dans la discipline, il n’est pas sélectionné pour représenter son pays pour les Jeux Olympiques de 1972. Puis il ne sera pas non plus invité pour les JO qui se dérouleront dans son propre pays, en 2000.
Dégoûté par le comité olympique de son pays, Norman a laissé tomber les compétitions athlétiques et s’est remis à courir au niveau amateur.
En Australie, où le conservatisme et la suprématie raciale avait la peau dure, il a été vu et traité un traître. Même sa famille l’a renié et il n’arrivait pas plus à trouver de travail à cause de cette image qui lui collait à la peau. Il a travaillé durant quelques temps dans une boucherie, puis en tant que simple prof de gym.
Après une blessure mal soignée, il a fini ses tristes jours rongé par la gangrène, la dépression et l’alcoolisme.
Malgré ça, l'athlète a eu une chance de se racheter pendant des années, de sauver sa carrière et d’être à nouveau considéré comme le grand sportif de talent qu’il était : On l'a invité à plusieurs fois à condamner publiquement le geste de John Carlos et de Tommie Smith, de demander pardon, bref de se dissocier de ce geste et de se faire excuser par son pays qui avait décidé de l’exclure.
De simples excuses auraient pu lui permettre de revenir dans la discipline et plus tard de faire partie du comité des JO de Sydney en 2000. Mais il ne voulait pas, il n'a rien fait de ça. Il n'a jamais voulu revenir sur sa décision qu'il a prise en 1968 et il n’a au grand jamais accepté de trahir les deux afro-américains pour se faire pardonner par son pays.
Avec le temps et le changement de mentalité, Carlos et Smith ont été considérés comme de véritables héros ayant défendu la cause de l’égalité raciale envers et contre tous. En Californie, une statue a même été érigée en hommage à ces deux athlètes qui ont tout risqué pour faire valoir leurs droits. Toutefois, l'Australien ne figure pas sur cette statue.
Effacé de l’histoire et pourtant détesté de tous dans son pays, voilà ce qu’il était devenu. Son absence semble être l’épitaphe d’un héros que personne n’avait remarqué et que l’histoire n’aura malheureusement pas retenu.
En 2006, Peter Norman a perdu la vie à Melbourne, en Australie. Pendant des décennies, il a a donc été pour beaucoup de gens "l'homme qui n'a pas levé le poing" et personne ne savait ce qu'il vivait dans son propre pays puis, pire encore, oublié.
À son décès, les deux coureurs américains ont tenu à porter son cercueil pour lui rendre hommage.

N'oublions jamais Peter Norman, ce héros sans gants qui a été effacé de l’histoire et qui n’a jamais cessé de lutter pour l’égalité des hommes.


Personne ne porte attention à l'homme qui ne lève pas le poing, pourtant c'est un véritable héros Personne ne porte attention à l'homme qui ne lève pas le poing, pourtant c'est un véritable héros Reviewed by MoeZ Issaoui on 21:06:00 Rating: 5

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